mardi 14 avril 2026

"LE MARS", TORPILLEUR AU DESTIN TRAGIQUE. 1928 - 1942.

 

« Le Mars, torpilleur au destin tragique »

1928 – 1942

 


L’année 2026 marque les 400 Ans de la Marine nationale, avec la nomination en 1626 du Cardinal de Richelieu, principal ministre du roi Louis XIII, comme Grand Maître, chef et Surintendant général de la Navigation et du Commerce de France, et la mise en service d’une véritable marine de guerre d’Etat.

La découverte d’un lot de photos anciennes, dans un vieux parapheur contenant divers papiers et journaux, nous a semblé être l’occasion de participer à cet anniversaire. En effet, il s’agit de 14 photos, prises principalement en 1938 – 1939, par François Ducrocq, marin à bord du torpilleur « le Mars », et qui décrivent le quotidien de l’équipage de ce navire. L’indentification du photographe a été possible grâce à la mention de son nom derrière une des photographies, et la période de prises des vues peut être estimée en fonction de la date du Père Cent célébré par l’équipage en février 1939.




Les élèves du groupe A de Seconde 04 du lycée Arthur Varoquaux ont donc effectué des recherches sur ce torpilleur de la Marine nationale lors des cours d’EMC, en analysant les photos, en consultant bien sûr internet, mais aussi le catalogue des flottes de guerre pour l’année 1929, afin de trouver des informations et légender les illustrations, toutes inédites sur internet. Cette recherche constitue donc un apport à la connaissance de la Marine nationale de l’Entre-deux-Guerres via ce bâtiment.





Intéressons - nous maintenant au torpilleur « le Mars » !

 

1- Les caractéristiques du torpilleur « le Mars ».

Voici, avec un côté très technique, les caractéristiques du torpilleur selon le livre sur les Flottes de Guerre, pour l’année 1929. Un torpilleur est un grand navire de guerre très rapide et léger. Il est muni de torpilles afin de les lancer sur les navires ennemis par des manœuvres rapides et audacieuses, et d’engins explosifs comme des grenades afin de lutter contre les sous-marins.




Construction :

·        Chantier naval : Chantier Naval Français, à Caen (Normandie).

·        Mise sur cale (début construction) : 8 juillet 1925.

·        Lancement : 28 août 1926.

·        Entrée en service : 20 janvier 1928.

Caractéristiques techniques :

·      Type : torpilleur (classe l’Adroit). Ce navire avait des « jumeaux » ayant les mêmes caractéristiques techniques, formant un groupe de 14 torpilleurs.

·        Longueur : 105,6 m.

·        Largeur : 9,44 m.

·        Tirant d’eau : 3 m 1.

·        Déplacement : 1390 tonnes.

·        Vitesse maximale : 33 nœuds (environ 61 km/h).

·        Puissance : 33 000 chevaux.

·        Equipage : 7 officiers et 133 hommes.

Armement :

·        4 canons de 130 mm.

·        2 canons antiaériens de 37 mm.

·        6 tubes lance-torpille de 550 mm.

·        22 grenades anti-sous-marines.

 

2) Ses missions.

Le Mars se distingua lors de deux types de mission en temps de guerre. A partir de 1937, et jusqu’en 1938, il patrouilla au large de l’Espagne, alors en guerre civile, vers les Baléares, avec deux autres torpilleurs, afin de faire respecter l’embargo sur les armes, c’est-à-dire empêcher l’approvisionnement en armes des belligérants, et veiller à la présence d’éventuelles mines posées au large de la côte. Le 24 octobre 1937, il recueillit 23 membres d’équipage d’un cargo coulé par deux hydravions allemands. Lors d’une escale à Palma de Majorque, certains membres de l’équipage auraient manifesté leur sympathie pour les Républicains, en levant le poing, ce qui provoqua une plainte des Nationalistes.

C’est au cours d’une patrouille que le torpilleur essuya un très fort coup de vent qui le fit tanguer de façon impressionnante. Un marin, François Ducrocq, prit deux photos impressionnantes.



Photo d'un coup de vent au large de l'Espagne, lors d'une patrouille (selon le texte tronqué au verso) avec la signature "François Ducrocq"


La même photo, avec un format plus petit, prise au milieu du bâtiment, à tribord. Les grosses vagues balayent le pont.


Toujours le gros coup de vent, sous le regard de marins attroupés sur le pont malgré les vagues.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le Mars fit partie de l’escorte de convois, trois fois, avec le convoi 2R2 entre Oran et Marseille entre les 29 et 30 octobre 1939, et le convoi 44 XF entre Le Verdon et Casablanca entre le 29 mars et le 2 avril 1940, puis un dernier entre Gibraltar et Brest du 15 au 17 avril 1940. Ensuite, ce fut l’Armistice, et le Mars ne fit plus aucune mission de guerre. Il stationna à Bizerte en 1941, puis resta à Toulon par la suite, avec une activité maritime limitée.


3) La vie de l’équipage.

En dehors de ces missions de guerre, le torpilleur « le Mars » se rendit aussi à Dakar, au Sénégal, alors capitale de l’A.O.F. (Afrique Occidentale Française).

Sur le navire, les soldats avaient peu d’activités physiques, mais ils devaient en faire pour garder leur forme pour d’éventuelles missions, et donc ils faisaient de la musculation. François Ducrocq prit quelques photos de ces étapes au Sénégal, montrant aussi les divertissements de l’équipage lors d’autres escales (dans des lieux non identifiés malheureusement).

 

A- Les activités physiques : corde à sauter sur la proue du navire, musculation au sol (haltères et anneaux).



B- Un couple de Sénégalais pris en photo.


C- Les distractions : un "carnaval", tabac et alcool, et le Père Cent !

Parodie de remise de décoration, avec des uniformes fantaisistes.

Photo de groupe, avec seau de bière, vin et tabac.

Le Père Cent célébré le 12 février 1939. Il s'agit de l'enterrement parodique des 100 derniers jours du service militaire, avec un marin (faussement) éploré devant une croix et un petit cercueil accompagnés d'une épitaphe ironique :"Ici-gît Bienheureux Père Cent, du comte de la Varlope, 12/2/39". Une varlope est un grand rabot. C'est la seule photo précisément datée du lot. 

Le verso de la photo avec "le fou de 1ère classe du Mars".


D- Les camarades en poste à Dakar.


Le service intendance et son personnel, à Dakar, A.O.F., avec les noms des officiers.


E- Une corvée : repeindre le navire.

Une très belle photo du Mars, avec les tourelles avant et les canons de 130 mm, et le canon de 37 mm à tribord. Les marins, équipés de gilets de sauvetage, suspendus sur des plate formes tenues par des cordes, repeignent la proue du navire sous les yeux des officiers. 

Verso : "toilette du Mars".


4) La fin du torpilleur « le Mars ».

Durant la Seconde Guerre mondiale, le torpilleur a principalement opéré en Méditerranée avant de connaître un destin tragique. Désormais amarré à Toulon, avec le gros de la flotte de guerre française, le Mars reste sans utilité militaire. Le 11 novembre 1942, les Allemands envahirent la Zone Sud afin de répliquer au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (Opération Torch). Que faire ? Rejoindre les Alliés ? Laisser les Allemands prendre les navires de guerre ? Finalement, le 27 novembre 1942, après une attaque aérienne allemande, son équipage a choisi de le saborder à Toulon pour empêcher l'armée allemande de s'en emparer : le navire fut détruit volontairement avec des explosifs. Le Mars n’était plus qu’une épave inoffensive qui fut ferraillée plus tard. Des dizaines d’autres magnifiques navires de guerre français connurent le même sort ce jour-là. Ce geste de sacrifice a définitivement marqué l'histoire de la Marine nationale française.

 

Deux photos difficiles à interpréter: le Mars semble en mauvais état, avec un fort gite. 



Un grand merci à François Ducrocq pour nous avoir laissé ces photos si instructives ! Nous espérons pouvoir l'identifier un jour de façon plus précise, mais nos recherches biographiques n'ont rien donné pour l'instant.





Bibliographie et sitographie :

Flottes de Combat, année 1929, Paris, Etat-major de la Marine, par P. Vincent-Bréchignac, capitaine de vaisseau de réserve. La fiche du torpilleur le Mars est page 39.

 

https://envelopmer.blogspot.com/2021/03/torpilleur-le-mars-1936-guerre-despagne.html

 

https://www.avions-bateaux.com/uploads/attachment/produit//produit_4507_d137b66b539fe4d025f0f5dd78a5939c.pdf

 

Seconde 4 Groupe A :

BENMOUNAH Elyas

CLERC Alicia

DA MOTA MAGALHAES Timo

DEMIR Esma-Merve

ELANGA BOTULI Brunie

FISCHER FAIVRE Apolline

FOUACHE Oscar

HANINE Ayoub

HAUTECOUVERTURE Alwena

HUBLER Gwenaëlle

HUEBER Aaron

IKIREZI GANZA Neza

KEISER Leann

KILINC Miran

Sous la direction de Jérôme JANCZUKIEWICZ, professeur d’histoire-géographie.


dimanche 11 mai 2025

EUVILLE ET MONTSEC : ASSOCIER SCIENCE ET HISTOIRE

 

Lundi 28 avril 2025, les élèves de Seconde 11, "classe engagée", se sont rendus dans la Meuse. Ils ont visité la Carrière d’Euville en deux temps, puis ils se sont rendus au monument commémoratif du Montsec, sous la direction de madame Derex, professeure de SVT et de monsieur Janczukiewicz, professeur d’histoire, accompagnés de madame Kane, technicienne de laboratoire.




Dans un premier temps, leur attention a été portée sur la biodiversité actuelle de différents sites de la carrière correspondant aux zones autrefois habitées ou exploitées et à présent à l’abandon. La variété et la richesse de la végétation témoignent aujourd’hui de la résilience des forêts.




L’excursion s’est poursuivie par la découverte de la carrière de l’Enjarot où les roches observées ont permis de reconstituer le paléoenvironnement local. En effet, il y a 157 millions d’années, notre partie du globe était recouverte par une mer tropicale corallienne peu profonde, essentiellement peuplée de crinoïdes et notamment d’encrines ou lis de mer. La tige des encrines se compose de segments calcaires superposés à 5 branches, appelés entroques mais plus connus par les Lorrains sous le vocable d’«étoiles de Sion». Accumulés au cours du jurassique moyen, les sédiments constitués des dépouilles d’animaux marins ont formé des dunes au gré des mouvements de la mer et des variations de son niveau. Sous l’action combinée de phénomènes biologiques, chimiques et physiques (la diagénèse), ces dépôts meubles se sont compactés pour former une roche sédimentaire. Cette transformation a donné naissance à la pierre d’Euville, parfois dénommée calcaire à entroque.

Dans un second temps, guidés par Mr Le maire, Alain Ferioli, les élèves revivent l'histoire du site au travers de l'exposition et de la carrière environnante.






Les élèves ont pu voir des échantillons des principaux fossiles (coquillages, crinoïdes) ainsi que des panneaux montrant les fonds marins couverts d’encrines, plus un ichtyosaure grandeur nature, le tout illustrant les formes de vie lors du Jurassique. Cette découverte s’est poursuivie à l’étage avec une très belle collection de fossiles végétaux (fougères) et animaux (oursins, crinoïdes, bélemnites, nautiles), et des figurines de dinosaures.

 







La seconde partie de la journée, bien ensoleillée, fut consacrée à la visite du mémorial américain de la Butte de Montsec, toujours dans la Meuse. Ce vaste monument, construit grâce aux pierres d’Euville, domine le sommet de la butte, à 377 mètres d’altitude. Un panorama magnifique s’offre aux visiteurs, avec une vue sur le lac de Madine, la vallée de la Meuse et même sur Nancy, pourtant située à 40 km de là, et visible à l’horizon. 






Construite en 1932 par l’architecte américain Egerton Swartwout, cette grande rotonde, ou tholos, s’inspire de l’architecture gréco-romaine, en y mêlant des décorations liées à la Première Guerre Mondiale. En effet, le mémorial commémore la bataille du Saillant de Saint – Mihiel (12 – 16 septembre 1918) lorsque les troupes américaines, appuyées par des unités françaises, reprirent une large zone en forme de triangle tenue depuis 1914 par les troupes allemandes et austro – hongroises. A l’époque, le site de Montsec était un observatoire allemand, avec des tunnels et des tranchées creusés dans les flancs de la butte.



Les Américains durent y déloger une seconde fois les Allemands, qui y avaient installé des mitrailleuses, le 2 septembre 1944, en bombardant le sommet. Abimé par les éclats d’obus, le mémorial fut restauré en 1948, et il est toujours entretenu de façon impeccable par l’American Battle Monuments Commission. 


La Butte de Montsec et ses environs.

Carte allemande du 23 mars 1917 (collection particulière)



Un escalier mène à la tholos au milieu de laquelle se trouve une table grandiose, ornée de casques, de gourdes et de cartouchières. Au centre est insérée une immense carte en bronze de la bataille, en relief, avec le déplacement des lignes du front. Les seize colonnes sont surmontées d’aigles américains tenant dans leurs serres les insignes des différentes unités de l’US Army (aviation, Marines, tankistes etc), tandis que des inscriptions mentionnent les numéros des différentes divisions américaines et françaises ayant combattu dans le secteur. 




Une citation du général Pershing est gravée avec de larges lettres capitales qui font le tour de la tholos :

« Their devotion, their valor and their sacrifices will live forever in the hearts of their grateful countrymen ».








Les élèves furent impressionnés par la taille du monument. Sur place, ils purent étudier les différents symboles sculptés ou gravées, et suivre le déroulement de la bataille en observant la carte en relief où figure aussi le monument, tout en se promenant entre les colonnes et aux alentours de la rotonde. 




Suite logique de la visite des carrières d’Euville, les pierres du mémorial sont incrustées de divers fossiles (coquillages, crinoïdes, bélemnites) qui ressortent de la surface en raison de leur aspect poli.






Ce fut ensuite le retour à Tomblaine, en passant par le village de Seicheprey, reconstruit après 1918 grâce à l’aide des Etats – Unis.

Diane DEREX (SVT), Jérôme JANCZUKIEWICZ (histoire – géographie) et Mélanie KANE (technicienne de laboratoire).